
Tout est une question de lumière. J’aime la manière dont la laine renvoi la lumière de part la race des moutons, son épaisseur filée, sa couleur. Au début je n’ai tissé que du blanc parce que le jeu de lumière en blanc m’a tout de suite ramenée aux épaisseurs noires de Pierre Soulages.
Je tisse sur un métier à peigne envergeur, c’est à dire le tissage le plus simple. Pas de cadre ni de pédale pour faire des motifs sergés ou plus compliqués. Je me contente, si on peut dire, d’empiler la laine. Et c’est là que le travail m’intéresse : l’idée est d’assembler des laines différentes pour jouer sur la lumière et les épaisseurs. Le résultat est la plupart du temps très géologique. Des montagnes enneigées, de la roche, des déserts de sables et de basalte. La Terre inspire à l’infini. Du Sancy enneigé et sa pierre noire des volcans, au Negev sableux, ou aux falaises crayeuses du pays de Caux.
Chercher la façon de faire cet empilage est passionnant. Je ne dessine pas avant de commencer. Depuis que j’ai débuté le tissage j’ai accumulé quelques astuces pour que la composition marche. J’aime aussi être surprise. Parfois je défais. La plupart du temps je laisse.






Tisseuse de laines et de territoires
Texte de Catherine Lebourg
Pauline Désormière est née au Havre. Elle fait des études d’architecture, imprégnée et passionnée encore aujourd’hui par le mouvement brutaliste. En 2012 elle s’installe à Lyon comme cartographe. L’envie de tisser existe depuis un moment mais l’histoire des canuts l’influence certainement dans l’achat d’un métier à tisser. L’aventure du tissage commence.

Son attachement à la Normandie se traduit par un approvisionnement privilégié auprès d’éleveurs normands de moutons Hampshire, dont la laine blanche naturelle constitue la base de la plupart de ses créations. Avec une idée en tête : quel tissu de laine pour quel intérieur ? Pour quelle lumière ? On imaginerait un plaid et un coussin en laine plutôt dans une atmosphère de chalet en bois mais elle les voit plutôt sur un banc en béton d’Oscar Niemeyer.

Si la blancheur lumineuse de la laine Hampshire est sa signature, Pauline enrichit ses tissages avec d’autres couleurs naturelles de toisons de races européennes. Puis elle file elle-même une partie de la laine qu’elle travaille, y intégrant depuis peu des couleurs obtenues grâce à des plantes tinctoriales.


Cet intérêt pour la couleur et la texture trouve une de ses racines lors d’un voyage adolescent en Grèce. La découverte de couvertures tissées très simplement fut une révélation. Fascinée par l’idée de créer un textile durable, capable de traverser les générations. Ce souvenir se mêle à une fascination pour les Moires, ces divinités grecques tisseuses du destin. C’est cette vision d’un art intemporel qui la guide dans la création de couvertures et de coussins. Chaque pièce est unique.



Son engagement pour la préservation de la filière laine européenne se concrétise par son adhésion à l’association Atelier Laines d’Europe. À travers ses créations, Pauline valorise une matière noble et un savoir-faire précieux, consciente des enjeux de son artisanat et perpétuant ainsi un geste ancestral de création et de transmission.


Photos Pauline Désormière.